Auteur.e.s : Tiasvi Yao Raoul AGBAVON, Jean-Baptiste KOFFI.
Titre : Claude Bernard et Canguilhem : du déterminisme de la normativité à la normativité du déterminisme
Résumé
Cet article propose une analyse croisée des épistémologies de Claude Bernard et de Georges Canguilhem,
afin d’examiner la tension conceptuelle entre le déterminisme scientifique et la normativité du vivant. Loin
de se réduire à une opposition stérile, leur dialogue met en lumière un chiasme intellectuel fécond. Dans un
premier temps, nous montrons comment Bernard fonde la physiologie expérimentale sur un déterminisme
causal strict, tout en posant les jalons d’une normativité implicite à travers le concept régulateur de milieu
intérieur. Ensuite, nous analysons le renversement opéré par Canguilhem, pour qui le vivant ne se contente
pas de subir des lois, mais se présente comme une puissance instauratrice de normes, ce qui invalide la stricte
continuité quantitative entre le normal et le pathologique postulée par Bernard. Cette réflexion démontre
donc que ces deux pensées s’articulent dans une dynamique complexe où se dessinent à la fois un déterminisme
de la normativité, les normes vitales s’appuyant sur des contraintes déterminantes, et une normativité du
déterminisme, le déterminisme se révélant lui-même comme un instrument épistémologique au service de
l’intelligibilité d’un vivant auto-normatif.
Mots-clés : Claude Bernard, déterminisme, épistémologie, Georges Canguilhem, normativité.
Publié dans le numéro 2 le (08 – 2026), 24-08-2026